
Gregor Wenner
Specialist Consultant
Offerte en récompense au vainqueur du Grand Prix Bugatti 1929, au Mans
1928 Bugatti Type 43
Châssis n° 43264
• Eléments mécaniques d'origines excepté le moteur
• Cadre n°122 concordant; boite de vitesses et pont arrière du type 43
• Entièrement restauré
• Nombreuses archives retraçant son histoire
• Propriétaire actuel depuis 2008
Grand Prix Bugatti, Le Mans, 1929
Assemblé à l'usine durant l'été 1928, le châssis #43264, équipé du moteur n°124 et du vilebrequin n°159, ne sera mentionné pour la première fois que le 13 mai suivant, en 1929, dans les archives Usine, aux côtés de deux autres châssis et de l'inscription « Prix Bugatti ».
Ces trois voitures sont destinées à être les récompenses attribuées aux trois premiers du deuxième et prochain « Grand Prix Bugatti » qui se court le 1er juin 1929, sur le circuit du Mans.
Seize concurrents s'alignent au départ, en cinq catégories : un type 35B, deux type 35C, six type 35, quatre type 37A et trois type 37.
« Le grand constructeur a une fois de plus, bien fait les choses et a richement doté ce deuxième Grand Prix automobile. Trois prix de la valeur ci-dessous y sont en effet attribués : Au premier 165.000 fr. Au second 60.000 fr. Au troisième 38.000 fr. »
Le Grand Prix Bugatti 1929 est remporté par l'Italo-Chilien Juan Zanelli sur Type 35, à qui revient notre Torpédo Grand Sport 43264/124. Ce dernier décide, conformément au règlement, de l'échanger contre un Type 35B neuf à l'usine. Ainsi par lettre en date du 12 juillet 1929, Bugatti indique, à l'Automobile Club du Mans, la décision de Zanelli de refuser le type 43 et leur demande de faire rapatrier le châssis au magasin parisien 46, avenue Montaigne.
Le 10 septembre 1929, le Torpédo Grand Sport est listé dans les voitures neuves en dépôt rue du Débarcadère « 2L 300 Grand Sport n° 43264 », parmi deux autres Type 43, quatre Type 44 et une 35A.
Leon Duray (1894-1956)
Leon Duray, de son vrai nom George Stewart (1894-1956), pilote américain déjà détenteur de records aux USA sur Miller débarque avec son équipe au Havre début juillet 1929, avec comme objectif la promotion du modèle Cord L 29 par leurs exhibitions et tentatives de records.
Participant à des records à Montlhéry puis à Arpajon durant l'été 1929, Duray établit une nouvelle série de records internationaux en 1500cc Miller dont un 224 km/h sur 5 miles départ lancé ! Le 15 septembre, à Monza, avec les deux tractions avant, étant de loin le plus téméraire des pilotes en compétition, il réalise le parcours le plus rapide de sa catégorie. Duray abandonne sur problèmes de vilebrequin, mais Ettore Bugatti qui avait déjà connaissance des records réalisés en France, assiste au Grand Prix de Monza et se convainc de l'intérêt de ce type de moteur double arbres, très rapide pour une si petite cylindrée.
L'industriel de Molsheim propose alors à Duray de lui échanger ses deux tractions avant Miller type 91 contre 4 Type 43 de 2300 cc.
La presse du 30 octobre 1929 indique : « Le coureur yankee Leon Duray quitte la France à destination de l'Amérique [...] Il a emporté plusieurs voitures Bugatti 2 litres 300 à compresseur. » Le Populaire.
« Le séjour en France du coureur américain Léon Duray prend fin. Après avoir passé toute la saison estivale de ce côté-ci de l'Atlantique, établi quelques records à Linas et participé au Grand Prix de Monza, le célèbre pistard reprend le chemin de son pays. Il emporte dans ses bagages, quelques voitures que lui a cédées M. Bugatti, en échange des véhicules à traction avant, avec lesquelles il s'exhiba cet été. D'ailleurs, Léon Duray vient d'obtenir la représentation de sa marque à New-York. » L'Auto.
Type 43 aux Etats-Unis
Il semble que Duray aurait amené les 4 Bugatti à New-York où il aurait ouvert un commerce automobile et probablement vendu le torpédo Grand Sport 43264 à un amateur de la côte Est.
Le propriétaire le plus ancien connu est John Fristche Jr de « Sports Cars Inc » à Bryn Mawr, en Pennsylvanie. Celui-ci commande au carrossier Derham de Rosemont, la réalisation d'un coupé aluminium sur le châssis 43264 en 1939, comme en atteste un cliché de la voiture pris par le photographe attitré de Derham, Charles Mills, et au dos duquel figurait la mention : « Construit pour John Fritsche Jr. 1939 ».
Le collectionneur et marchand Bugatti Gene Cesari se souvenait de conversations avec J. Fritsche qui vendit quelques Bugatti, et lui confia avoir cédé un type 43 à un client de la région de la Nouvelle Angleterre... Était-ce celui-ci ?
La trace de la voiture se retrouve sur la côte Ouest à Los Angeles en 1947. Une photographie présente le Coupé Derham encore équipé d'une plaque d'immatriculation à New York en 1945 : « 9C 61 94 NY 45 », devant l'affiche du film de Raoul Walsh « The man I love », avec Ida Lupino, sorti aux USA à la mi-janvier 1947, il est annoncé sur l'affiche au « Wiltern Theater » de Los Angeles.
Peu de temps avant, un professeur de mécanique au lycée de Ventura, dénommé George Banquet aurait été responsable, avec un mécanicien Ford, sans doute Ed Iskenderian, du remplacement des pièces Bugatti par des éléments Ford, moteur et trains roulants. Il existe une photo de la voiture prise devant un atelier et portant une plaque d'immatriculation personnalisée pour l'occasion EB 2300, elle ne possède pas encore la mascotte de radiateur qu'elle arbore sur les photos dans les rues de L.A en 1947.
Selon l'historien Tom Konop, le comédien Donald O'Connor aurait lui-même fait enlever le moteur Bugatti pour un Ford 6 aux pistons bombés, à culasses spéciales par le génial Ed Iskenderian, spécialisé dans les moteurs V8 pour Hot Rod.
Il semble acquis que la transformation mécanique date d'environ 1947, plutôt pour George Blanquet qui l'aurait ensuite cédé à Donald O'Connor (1925-2003), l'une des plus grandes vedettes d'Hollywood dans les années 1950, ayant notamment remporté un Golden Globe en 1952 pour sa participation au film « Chantons sous la pluie » avec Gene Kelly ! Avec son coupé 43 Derham, il participe à plusieurs courses de côtes vers 1948-1949, dont l'épreuve de « Little Tujunga Canyon » au nord de Los Angeles.
Dans le numéro de juin 1950 de la revue « Mechanix Illustrated », le journaliste automobile de renom « oncle » Tom Mc Cahill présente la Bugatti devant le panneau d'un marchand de véhicules d'occasion qui semble être « Movieland Motors » à Hollywood. Elle conserve le moteur Ford comme l'indique le double échappement sortant du profilage arrière. A cette période un dénommé John Nelson d'Hollywood doit en être le propriétaire. La plaque d'immatriculation californienne 74L 521 est bien lisible.
Plusieurs photographies prises à Los Angeles vers 1952 montrent la voiture avec un nouveau propriétaire inconnu posant devant son véhicule, maintenant équipé de flasques de roues chromés et immatriculé 3RB 733.
Après cette période, la voiture disparait des radars bien qu'elle fut aperçue à Inglewood par Bob Hammel et Bunny Phillips, dans un état d'abandon en mauvais état, au début des années 1960.
Un article, paru dans la revue Pur Sang du Club Bugatti américain au printemps 1981, met en lumière une voiture que l'actuel propriétaire de Long Beach, Robert Lane décrit dans un magazine en 1979 : « Le châssis est Bugatti ainsi que le boitier de direction et le radiateur. La suspension et le train avant proviennent d'une Ford des années 1932-1935.Le moteur est un Ford six cylindres, dont les culasses portent l'inscription « Iskenderian ». Le moteur est équipé de trois carburateurs Rochester, montés sur une pipe d'admission chromée. La carrosserie est en aluminium avec ailes arrière en tôle. La voiture est une conduite à droite avec deux portes suicide et deux petits sièges avant, sans vraies places arrière. Les freins avant sont de grandes dimensions et à l'arrière sont ajourés pour un meilleur refroidissement. Toutes les pièces constitutives du train roulant ont été allégées par perçages. »
Il faut attendre 1997, pour que le responsable du Registre américain, Sandy Leith, annonce que la voiture a survécu et se trouve entre les mains de la famille du regretté Dr William O'Brien à Reno dans le Nevada. Il confirme que les pièces Bugatti encore sur le véhicule sont le cadre de châssis, les ressorts avant, le boitier de direction, le radiateur et le tablier. Bill O'Brien s'était mis en quête de retrouver la Bugatti disparue de D. O'Connor. Ne connaissant que ce dernier comme ancien propriétaire du véhicule, il chercha à le joindre à chaque fois que celui-ci se produisait à Las Vegas ou à Reno. Après vingt ans de chasse, O'Connor donna enfin à O'Brien le nom de l'amateur à qui il avait vendu le véhicule !
Mais l'histoire est peut-être un peu différente, car en 2015 le frère d'un dénommé Jerald Winchel raconte comment O'Connor qui avait un penchant pour la boisson aurait abandonné la voiture un soir dans une rue de Los Angeles sans jamais pouvoir la retrouver ! Mise en fourrière, elle sera ensuite vendue par la Police de la ville à J. Winchel pour 100 $ au milieu des années 1960. Il conserve le véhicule une douzaine d'années, d'abord à son domicile de Gardena, puis il le remise à Carson avant de devoir s'en séparer pour s'acquitter des frais de garage. Il est possible que la Bugatti arrive alors chez William Smith.... Les dires du frère de J. Winchel ne correspondent pas avec l'histoire connue de 43264 qui ne peut avoir été possédé par O'Connor après 1950, mais nous les livrons tels que rapportés.
Durant l'été 1983, W. O'Brien retrouve la Bugatti enchainée à un arbre en Californie du Sud. Elle appartenait alors à un certain William Smith qui l'avait acquise en 1980 auprès d'un shérif du district de Los Angeles, Nicholas Nickolenko qui l'avait sauvée in extremis de la casse. Les restes de la Bugatti 43264 sont remisés dans le garage de W. O'Brien, mais celui-ci décède avant d'avoir commencé la restauration du châssis.
Vers 2008, le châssis 43264 ainsi que les autres pièces Bugatti qui lui sont propres à savoir : les ressorts avant, les restes du tablier alu, le radiateur, et le boitier de direction, sont cédés par la famille O'Brien au restaurateur anglais Robin Townsend associé dans l'achat au collectionneur Michael Steele.
En décembre 2008, le projet est vendu à son propriétaire actuel, collectionneur, qui lui redonne vie.
L'atelier de Robin Townsend « Jarrot Engines Ltd » à Chalford, Gloucesteeshire, débute la restauration du châssis qui ne compte pas moins de 314 trous à reboucher. Le propriétaire possède un autre type 43 sur châssis neuf par Paulin en 1986, équipé d'une caisse réplique Figoni cabriolet 2 places, et décide de monter la caisse copie Figoni sur le châssis original. C'est à Simon Klopper, spécialiste Bugatti hollandais que revient le soin en 2010 de préparer le châssis 43264. Paul Huet, se charge de remonter la caisse copie Figoni sur le châssis 43264, qu'il équipe du moteur neuf réalisé par Laurent Rondoni en 2005.
En mars 2016, le moteur tourne pour la première fois. Le cabriolet participe en juin de la même année à sa première sortie officielle, le Rallye International Bugatti en Italie.
Analyse de Pierre-Yves Laugier, mai 2024, dont le compte-rendu intégral est disponible sur demande.
L'analyse du véhicule retrouve un châssis original dont le cadre estampillé 122 est celui que devrait avoir la voiture châssis 43264 moteur 124.
Le 16 janvier 2009, l'expert et responsable du Registre Bugatti pour le B.O.C, Mark Morris inspecte le véhicule avec Hugh Conway Jr et en accord avec l'historien américain Sandy Leith, ils valident l'attribution par le B.O.C d'une plaque de châssis de remplacement au numéro 43264.
Le faisceau du radiateur original fut refait par Star Engineering en Grande-Bretagne. L'essieu avant semble provenir d'un type 44. Le moteur, entièrement neuf, est monté en 2005 par l'atelier « Ventoux Moteurs Engineering » de Laurent Rondoni à Carpentras. La boite de vitesses est du bon type et porte gravée sur le corps et le couvercle le numéro 38. Le pont arrière est du type 43, numéro 131 et rapport de pont 13x54. La jambe de force est également gravée 131. Dans la suite logique des numéros, ce pont pourrait provenir du roadster Figoni châssis 43284 moteur 129.
La carrosserie, oeuvre d'un jeune artisan hollandais de grand talent, du nom de Bert Nijhof à Lunteren, est neuve. L'ossature en bois avait été réalisée par l'atelier d'Anton Siebelink de Doetinchen aux Pays-Bas, mais celui-ci décède avant d'avoir pu tôler la caisse. Elle fut réalisée en prenant comme modèle la photographie de profil droit du cabriolet Figoni châssis 43270 moteur 136 livré neuf à Robert Bird après le Salon de Paris d'octobre 1928. La voiture originale sera accidentée par son second propriétaire pendant l'été 1931, et sans doute détruite comme semble l'indiquer un courrier envoyé à son assureur.
Liste non exhaustive des propriétaires successifs de 43264
Usine Bugatti, avril 1929
Juan ZANELLI, juin juillet 1929
Leon DURAY, octobre 1929
John FRITSCHR Jr, plaque EB 2300, Pennsylvanie, 1939
XX, 9C 61 94, New York, 1945
George BANQUET, Ventura, vers 1947
Donald O'CONNOR, vers 1948-1949
John Nelson, 74L 521, Hollywood
XX, 3RB 733, Los Angeles, 1952
YY, aperçue par B. Hamel et B. Phillips, Inglewood, vers 1960
Jerald WINCHEL, vers 1965-1977
Robert LANE, Long Beach, 1979 selon article de journal
Nicholas NICKOLENKO Policier District Los Angeles
William SMITH, 1980
William O' BRIEN, Reno, 1983
Michael STEELE & Robin TOWNSEND, vers 2008
Propriétaire actuel, depuis décembre 2008


















































































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