
Mark Osborne
Global Director of Motorsport
LOT 108 *
1957-58 Lotus-Climax Type 12 Formula 1 and 2 Racing-Single-Seater Chassis no. 353 Engine no. FPF 430-3-1036
Première voiture de Formule 1 et de Grand Prix de Graham Hill
1957-1958 Lotus-Climax Type 12 Monoplace de Formule 1 et 2
Chassis n° 353
Moteur n° FPF 430-3-1036
• La première de toutes les Lotus qui ont défini les canons de la Formule 1
• La première pionnière de la Formule 1 de Graham Hill, deux fois champion du monde des pilotes
• Participante à deux formules historiques, la F2 en 1,5 litre et la F1 'interim' en 2 litres
• A fait ses débuts au Monte Carlo avec Graham Hill, cinq fois victorieux au GP de Monaco
• Magnifiques origines attestées par Clive Chapman de la Classic Team Lotus
• Survivante d'une étonnante authenticité, en état de marche
Le succès apporte la gloire - un grand succès une plus grande gloire encore – et une domination sans partage confère un statut de légende. C'est ce qu'a réussi l'écurie Lotus de l'ingénieur et entrepreneur britannique "véritable compétiteur" Colin Chapman avec son formidable record de sept titres de championnat du monde des constructeurs de Formule 1, complété par six titres de championnat du monde des conducteurs entre 1963 et 1979 et pas moins de 74 victoire en Grand Prix à une époque où il se courait si peu d'épreuves chaque année que de nombreux passionnés avertis considèrent aujourd'hui cette période comme celle qui précéda l'époque où la fréquence des Grands Prix dévalua la discipline.
C'est en tenant en compte de ce contexte qu'il faut apprécier cette toute première Lotus de Formule 1 authentique dans un splendide état que Bonhams propose ici dont l'indéniable statut de joyau classique de première importance saute aux yeux. Mais il y a encore bien plus d'arguments qui donne toute sa valeur à cette Lotus-Climax Type 12 numéro de châssis 353 bien particulière.
C'est vraiment la première de toutes les Lotus de Formule 1.
Et c'est aussi la véritable voiture au volant de laquelle le double champion du monde des conducteurs de Formule 1, également vainqueur aux 500 Miles d'Indianapolis et aux 24 Heures du Mans, Graham Hill, a fait ses débuts en F1 – dans une épreuve hors championnat – et avec laquelle il a aussi fait ses débuts pour sa propre qualification au championnat du Monde en Grand Prix à Monaco en 1958.
Ce qui ajoute encore à la légende, c'est que Graham Hill allait faire de l'épreuve annuelle de Monte-Carlo quasiment sa propriété personnelle en la gagnant pas moins de cinq fois, avec l'incroyables série de victoires de 1962-63-64, auxquelles se sont encore ajoutées deux autres à la suite, toutes les deux pour l'écurie Lotus, en 1968-69.
S'il y a bien une voiture de Grand Prix d'une grande valeur historique, pas seulement à titre individuel, mais à la fois pour la marque de son constructeur et pour son pilote d'alors, parfaitement conservée et restaurée avec grand soin, alors c'est bien la Lotus 353 présentée ici.
À l'origine, il s'agit d'une voiture d'usine arrivée à la fin de la saison 1957 et qui fut engagée par Lotus comme la monture personnelle de Graham Hill, tant en 1500 cm3 pour la Formule 2 qu'en 2 litres pour la Formule 1, à huit reprises jusqu'en juillet 1958. Elle fut alors vendue au pilote privé John Fisher et engagée dans quatre autres épreuves en 1959. En 1960, elle fut acquise par le pilote débutant australien Frank Gardner, soutenu par le passionné de course Len Deaton, et en 1961 fut rétrogradée, puis passa aux mains de Joe Hills, David Conlon et David Holyoake, avant d'être achetée par son actuel propriétaire et restaurateur Mike Bennett et le passionné de Lotus Don Asser, en 1991. M. Bennett en devint ensuite l'unique propriétaire en 1995.
La voiture a été restaurée avec amour et préservée pendant les 33 années qui ont suivi depuis qu'il l'avait « co-achetée » et son histoire complète – dans ses moindres détails – est racontée dans le livre abondamment illustré de M. Bennett Lotus 12 Chassis 353 The History (ISBN: 0-646-45776-4), qui en est à sa quatrième édition. Dans sa préface, Clive Chapman, le fils de Colin qui dirige Classic Team Lotus, écrit : « Les passionnés de Lotus doivent un grand merci à tous ceux qui ont joué un rôle dans l'histoire cette toute première Lotus et de ses jumelles. J'aurais aimé que chaque voiture de l'écurie Lotus ait eu un aussi bel historique ».
En fait la Lotus 12 a été dévoilée en public au Salon de Londres de 1956, un prototype non roulant étant exposé aux côtés du prototype de la Lotus Elite GT. Cette monoplace d'exposition était équipée d'une maquette du moteur 4 cylindres à double arbre à cames Coventry Climax FPF de 1 475 cm3, conçu pour la nouvelle catégorie Formule 2, et associé à la future boîte séquentielle lightweight de Lotus – montée à l'arrière en liaison directe avec les roues – qui était également une maquette en bois.
Le très mince châssis tubulaire ultra léger faisait en partie appel à des tubes de type aéronautiques Reynolds 531 très coûteux et très astreignants et, pour apporter un supplément de rigidité, Colin Chapman avait ajouté un berceau en aluminium légèrement incurvé à la structure. Nouveauté, l'efficace double triangulation à l'avant, à l'origine associée à un pont De Dion à l'arrière, avec des amortisseurs à ressort hélicoïdaux coaxiaux assurant la suspension de l'ensemble. Des freins à disque Girling étaient montés à l'extérieur à l'avant et inboard à l'arrière de chaque côté de la novatrice boîte de vitesses séquentielle à cinq rapports plus marche arrière. Cette transmission, avec sa grille en ligne à main gauche allait connaître la célébrité sous le sobriquet de « queerbox » Lotus. Et c'est aussi sur la Lotus 12 que Colin Chapman inaugura ses jantes à voile ondulé en alliage de magnésium coulé qui allait devenir typiques de la marque, une alternative plus légère et plus rigide que les classiques roues à rayons. Elles étaient fixées par six goujons – Colin pensant qu'avec un poids revendiqué de 281,2 kg (mais en réalité plus près de 350 kg) il était peu probable qu'on use les pneus, même sur les plus longs Grand Prix (alors de 480 km).
La conception de la carrosserie due à Frank Costin, l'aérodynamicien de la société aéronautique De Havilland, était axée sur la réduction de la surface frontale, un écoulement sans perturbation et un bon refroidissement. L'effet était saisissant pour l'époque. La nouvelle Lotus 12 était extraordinairement petite, une monoplace à moteur avant pourtant élégante. Comme mentionné plus haut, le poids de la Lotus Type 12 était souvent minimisé, mais à l'époque, il était environ de 317,5 kg prête à courir. Avec 141 ch en configuration F2 son rapport poids/puissance était d'environ 2,25 ch/kg.
La Lotus 12 n°353 fit ses vrais débuts en course pour l'écurie Lotus, pilotée par le pilote d'usine invité Henry Taylor, au BRDC International Trophy de septembre 1957 à Silverstone. Tandis que son coéquipier Ron Flockhart remportait la catégorie Formule 2 sur une Type 12 jumelle, le champion olympique de bobsleigh Taylor terminait second sur la n°353 pour un mémorable doublé. Lors de la sortie suivante à Goodwood, la voiture était pilotée par Graham Hill pour ses propres débuts en monoplace. L'historique en course de la voiture de 1957 à 1959 est le suivant :
1957
BRDC International Trophy, Silverstone, F2 – Henry Taylor – 2nd
Woodcote Cup, Goodwood, F2 – Graham Hill – 5e
International Gold Cup, Oulton Park, F2 – Graham Hill – 11e et meilleur tour
1958
Lavant Cup, Goodwood, F2 - Graham Hill – 2nd et meilleur tour
Glover Trophy, Goodwood, F2 classe – Abd
BARC 200, Aintree – F2 classe – 7e
BRDC International Trophy, Silverstone, F1 - Graham Hill – 8e débuts en Formule 1 pour la voiture et le pilote
GRAND PRIX de MONACO, Monte Carlo - Graham Hill – Abd débuts en Grand Prix de championnat du monde pour l'écurie Lotus, la voiture et le pilote
GRAND PRIX de HOLLANDE, Zandvoort - Graham Hill – Abd
GRAND PRIX de BELGIQUE, Spa-Francorchamps - Graham Hill – Abd
Coupe de Vitesse, Reims-Gueux, France, F2 - Graham Hill – Abd
Trophée d'Auvergne, Clermont-Ferrand – Maurice Michy - Abd – arrivée du nouveau propriétaire John Fisher
Boxing Day Brands Hatch, Formule Libre – Bruce Halford – non enregistré
1959
Grand Prix de Syracuse, Sicile, F2 – Maria Teresa de Filippis – Abd
London Trophy, Crystal Palace, F2 – Bruce Halford – Abd
On peut noter qu'aux mains de Graham Hill, 353 s'est avérée une formidable concurrente en Formule 2 réalisant le meilleur tour à Oulton Park et à Goodwood. Si l'on juge une voiture de compétition aussi originale par ses concurrentes les plus proches, 353 reste encore dans le haut du panier.
Dans ce tardif Easter Meeting de 1958, aux côtés des engagées en Formule 1 au Glover Trophy, Graham et 353 partageait la piste avec la Ferrari de Formule 1 d'usine victorieuse de Mike Hawthorn (et avec la Cooper de Stirling Moss engagée par Rob Walker). Pour les débuts de la voiture et du pilote en F1 à Silverstone, Graham et 353 courait aux côtés de la Ferrari d'usine victorieuse de Peter Collins, sans compter la Cooper de Moss et la BRM de Jean Behra, etc...
Son dernier engagement par John Fisher au Grand Prix de Syracuse en 1959 est également remarquable puisque sa pilote était Maria Teresa de Filippis l'ancienne pilote de Maserati 250F très admirée à l'époque. La vraie diversité.
Se souvenant de ses débuts au Grand Prix de Monaco sur 353, Graham écrirait plus tard : « Dans ces années-là, la course se déroulait sur 100 tours du circuit de 3 km, ce qui était un gros travail sur les voitures à moteur avant de l'époque. La chaleur du radiateur et du moteur s'infiltrait dans le cockpit et on avait l'échappement sur le côté, c'était très inconfortable ».
« Je pilotais aussi vite que je pouvais, mais je devais penser à mon moteur – un 1 500 réalésé n'est, bien sûr, pas aussi fiable que dans sa forme originale. Avec un moteur surexploité on ne peut pas rebondir en sortie de virage ou faire des changements de rapports à la volée ; on essaie de piloter tout en douceur et surtout de ne pas faire de surrégime ».
« Quand la course a commencé, j'étais dernier, mais au bout de 75 tours je me suis retrouvé quatrième... Douze des concurrents ont abandonné et me voilà quatrième. Du gâteau. Je me disais c'est mon premier grand prix et je suis quatrième. Puis ma roue arrière s'est détachée ».
« Comme je virais à Portier, l'épingle qui mène au front de mer avant le tunnel, la voiture s'est soudainement mise en tête-à-queue et le régime s'est affolé. J'ai cru que j'avais raté un rapport et je me suis mis à mouliner comme un malade avec le levier de vitesses pour essayer de trouver le bon rapport faisant un surrégime à chaque fois en relachant l'embrayage ».
« Rien ne se passait et je trouvais ça un peu bizarre, j'ai regardé à l'extérieur et j'ai vu que ma roue était à côté de l'habitacle. Je suis sorti de la voiture et je me suis effondré. J'étais en hyperthermie et aussi faible qu'un poussin. J'ai dû demander l'aide des commissaires pour dégager la voiture de la piste. C'est comme ça que s'est terminé mon premier grand prix ».
En dehors de ses exploits sur piste, la Lotus-Climax Type 12 châssis 353 est la vedette d'une histoire mémorable, plus tard surnommée le « Grand Prix du pudding de Noël ».
Le grand journaliste sportif – et navigateur victorieux des Mille Miglia 1955 sur la Mercedes d'usine qu'il partageait avec Stirling Moss - Denis Jenkinson du magazine Motor Sport rêvait d'essayer une monoplace sur route ouverte à la circulation quotidienne. Son rêve se réalisa le jour de noël 1957 quand le fondateur de Lotus Cars, Colin Chapman, lui prêta 353 « pour essai » pendant que les policiers, espéraient-ils, dégustaient leur repas de Noël.
Alors que nous préparions 353 pour cette vente Bonhams de Monaco, nous avons emmené la voiture avec son châssis d'origine, ses panneaux de carrosserie d'origine et, bien sûr, son incroyable historique sur le circuit de Goodwood – lieu de ses débuts en course avec Graham Hill en 1957.
Les nuages se dégagèrent et un magnifique soleil de printemps illumina véritablement 353 – comme ce joyau historique authentique doit l'être. Nul doute que cette voiture de grand prix à moteur avant délicieusement compacte devrait s'intégrer, même dans le plus minuscule des garages de collection. Pour tout connaisseur, cette toute première Lotus de Formule 1 – celle sur laquelle débuta Graham Hill – mérite indéniablement une attention toute particulière.
LE « GRAND PRIX DU PUDDING DE NOËL »
Denis Jenkinson raconte son escapade le jour de Noël 1957 dans ce qui allait devenir peu après la première Formule 1 de Lotus.
« Je me disais que ce serait passionnant de conduire une voiture de Grand Prix sur route ouverte et que le meilleur moment pour le faire serait le 25 décembre à l'heure du repas. Chacun étant attablé devant le repas de Noël entre midi et trois heures de l'après-midi, je pensais que la route serait dégagée. Je pariais également sur le fait que les policiers avaient eux aussi un repas de Noël, car j'avais bien l'intention de transgresser quelques lois...
« Mon idée c'était de parcourir mon itinéraire en forme de huit sur les routes publiques du Hampshire dans une véritable voiture de Grand Prix ! La question était, quelle voiture choisir ? J'approchais David Yorke, le directeur d'écurie de Vanwall et il était enthousiasmé par l'idée. Une Vanwall méritait bien quelques jours d'arrêt si je me faisais attraper. Le projet allait bon train et il fut décidé de partir depuis l'arrière d'un pub ami (The Phoenix at Harley Wintney – un des rendez-vous préférés du Vintage Sports Car Club, à l'époque et aujourd'hui encore), plutôt que depuis le café de la Grande rue, pour ne pas attirer l'attention tout en me permettant de filer vers la route principale et de disparaitre avant que quiconque ne réalise ce qui se passait.
(Par obligation, David Yorke devait en avertir son employeur, Tony, qui avait d'abord trouvé l'idée tordante, mais qui décida – en bon responsable - de ne pas accepter. Jenks se tourna ensuite vers le pilote privé Bruce Halford qui possédait une Maserati 250Fet était prêt à coopérer, mais sa voiture était à Modène pour les révisions d'hiver).
« Je voyais mon idée faire long feu et je décidais d'appeler Colin Chapman chez Lotus. Je connaissais Colin depuis plusieurs années et il était toujours prêt pour un peu de « rigolade » et bien qu'il n'ait pas eu de voiture de Grand Prix Lotus il était prêt à me confier une monoplace Type 12 de Formula 2 et accepta de la livrer au pub sur une remorque le matin de Noël.
« Il faisait sec et beau, mais un peu froid, et au cours de la matinée je fis un rapide tour des environs au volant d'une Austin 105 que Motor Sport avait en essai, pour vérifier le trajet, apprécier la densité de la circulation, repérer les patrouilles de police et d'une façon plus générale « d'explorer le pays ». Fidèle à sa parole, Colin arriva au volant d'une Ford Anglia avec la F2 sur une remorque. Elle était entièrement gréée pour la course jusqu'aux échappements, sans équipement routier de quelque sorte que ce soit, avec son moteur quatre cylindres Coventry Climax de course et la fameuse boîte séquentielle Lotus, ses jantes à voile ondulé en alliage et ses freins à disque. Colin était venu avec Mery Therriault (le mécanicien de l'écurie).
« Tandis que je me « glissait » dans l'étroit habitacle, Colin me dit : « Tu ferais mieux de prendre nos plaques de constructeur, elles t'éviteront des ennuis si tu te fais arrêter ». Une bonne idée qui ne m'était pas venue à l'esprit lorsque j'avais pris contact pour la Vanwall ou la Maserati 250F. On ne pouvait pas fixer la plaque à l'avant sur la Lotus, nous l'avons donc laissée et nous avons accroché l'autre succinctement à l'arrière par acquis de conscience.
« C'était ce qu'on appelle des plaques temporaires ce qui signifiait que la loi exigeait que mon trajet soit spécifié de manière officielle. Colin remplit le formulaire avec précaution : Plaque N° 007MH. Date de sortie : 25 décembre. Heure de départ : 13h00. Immatriculation ou numéro de châssis : F2/2. Description du véhicule : Lotus. But de la sortie : essai dans le Hampshire. Nom du conducteur : Jenkinson. Nom et adresse du propriétaire : Lotus Engineering. Signature du propriétaire ou de son agent : ACBC.
« C'était tout ce qu'il y a de plus officiel (en quelque sorte) et si on m'arrêtait je devais dire : « Oh, mon dieu, la plaque avant a dû se décrocher ». La question de l'échappement libre, de l'absence de garde-boue et d'avertisseur sonore, de la présence d'une voiture de course sur la route, des excès de vitesse et de tout ce que la maréchaussée était en mesure de trouver, nous savions que ça allait nous valoir une belle amende, mais que grâce à l'esprit de Noël qui prévalait nous devrions échapper à la prison.
« Alors que Mery chauffait le moteur Climax, j'enfilais le casque et les lunettes et demandais à quelques amis de rester près de leur téléphone au cas où j'ai besoin d'aide. Colin me dit : « je ne m'arrête pas, bonne chance et au revoir » et il retourna à Londres.
« La petite Lotus était une révélation sur route ouverte et croisait entre 130 et 145 km/h sur la première section de mon trajet qui comprenait une déviation et quelques ronds-points. Aux alentours de Basingstoke (après environ 40 ou 50 km), alors que je me dirigeais vers les grandes plaines, je poussai la Lotus jusqu'à 190 km/h en quatrième, passai la cinquième et m'apprêtai à atteindre la vitesse maximale lorsque le régime s'effondra et qu'il n'y eut plus de transmission aux roues.
« Tout en ralentissant, je fis quelques contrôles et il était évident que quelque chose était cassé dans la transmission. Sur cette portion de route déserte il y avait quelques maisons et avec une grande présence d'esprit (ne souhaitant pas être vu sur le bord de la route) je tournai brusquement dans un chemin d'accès, toujours en roue libre à environ 80 à l'heure, et me garai sur le côté, loin de la route. Voulant téléphoner pour trouver de l'aide, je frappai à la porte de la grosse maison et demandai poliment si je pouvais utiliser le téléphone, ma voiture étant tombé en panne. La maisonnée était en pleine effervescence. Le repas de Noël était prêt et les invités n'étaient pas là. La maîtresse de maison était sur le point de s'évanouir, le mari essayait de calmer les choses et au milieu ce type en train de téléphoner pour se faire dépanner. Il n'arrêtait pas d'aller à la porte et de scruter l'allée cherchant en vain leurs invités et je suis sûr qu'ils n'avaient pas remarqué la monoplace Lotus garée sur le gravier. Ils étaient complètement obsédés par leur propre problème de repas de Noël sans invité pour le déguster.
« J'arrivai à joindre un ami (Alan Southon qui avait un atelier de restauration près du pub Phoenix), je lui indiquai où je me trouvais et il répondit qu'il arrivait avec un câble de remorquage. Alors que je m'apprêtais à partir, les invités arrivèrent et il y eut un grand tohu-bohu de tous les côtés. La maîtresse de maison criait « Ils sont là ! Ils sont là ! », le mari souhaitait bon Noël à tout le monde, les enfants hurlaient et criaient, les chiens aboyaient... C'en était trop.
« Je m'éclipsai discrètement et poussait la Lotus à l'écart des autres voitures et l'amenait en bas de l'allée. Mon ami arriva, nous accrochâmes le câble et retournèrent à notre base, heureux d'arriver sains et saufs sans avoir rencontré de policier. Mon repas de Noël ? Je n'en ai pas eu, mais je me souviens d'avoir éclusé quelques bières pour noyer mon chagrin.
« Lorsque Lotus récupéra la voiture, ils trouvèrent qu'un arbre s'était déboîté, heureusement à l'intérieur du cardan, si bien qu'il était resté en place. Ils s'aperçurent aussi que l'arbre avait été monté du mauvais côté et que la contrainte en retour était trop importante pour les cannelures. Dans ma boîte à souvenir je garde ce bout de papier officiel jauni avec la date du 25 décembre. Merci, Merv, (de m'avoir écrit de Vancouver de nombreuses années plus tard et...) d'avoir ravivé mes souvenirs ».
Et vers la fin sa vie bien remplie, Jenks et ses amis se souvenaient avec tendresse de ce « Grand Prix du pudding de Noël » avec la Lotus-Climax Type 12 châssis 353.
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